vendredi 11 octobre 2013

L'accomplissement de l'amour

pour le bruit des livres
Eva Almassy, L'accomplissement de l'amour, éds de L'Olivier

Ma chronique :
Une femme Béatrice, Bea, Bé s'apprête à délaisser Angel son compagnon depuis 20 ans pour rejoindre son amant qu'elle quittera au bout de 24h. Entre ces deux événements elle s'interroge sur les nouveaux moyens de communication qui permettent aux femmes et aux hommes de se rencontrer mais aussi sur l'altérité et sur la différence entre aimer et désirer, entre être infidèle et trahir. Le récit se compose alors en deux parties distinctes: la première -celle qui précède la rencontre- est portée par l'exaltation de Be; la seconde -celle du revirement- est faite d'errance tant physique que mentale. Nous y voyons Bé et son inconnu tourner dans Paris, autour de l'hôtel, dans leur chambre... pour mieux se perdre.
L'accomplissement de l'amour est un roman sur le désir et le tumulte qu'engendre une nouvelle relation mais aussi sur le parcours d'une femme passionnée et indécise quant à l'opportunité de laisser une chance à son couple de survivre à un adultère voire même de grandir grâce à lui.
Pas évident de parler de ce livre qui me laisse un goût d'inachevé.
J'ai été globalement enchantée par la folie malicieuse de la narratrice. J'ai aimé sa manière de conjuguer les façon d'aimer et de jouer avec la langue française. Toutefois -malgré de beaux passages sur Paris- j'ai moins été emballée par la seconde partie du récit qui débute au moment des retrouvailles entre Bee et son amant. Le récit perd pour moi de sa folie pour devenir trop bavard et parfois lassant voire agaçant.
L'accomplissement de l'amour est un roman exigeant -ce qui habituellement n'est pas pour me déplaire- et il m'a alors fallu refermer un moment ce livre afin de pouvoir mieux y retourner. 
En résumé : j'ai été emportée par la première partie avec une Bea fatiguée par une relation stérile, malicieuse, folle et plein de vie. Eva Almassy a su rendre palpable la douleur de cette femme au bord du néant tout comme elle a su communiquer les questionnements souvent paradoxaux de cette dernière. Mais j'ai trouvé regrettable que ces motifs de satisfaction disparaissent dans la seconde partie dont le propos tourne en rond un peu à l'image de ses personnages qui dessinent des circonvolutions dans les rues parisiennes.

Même si ce n'est pas un coup de coeur, il y a quelque chose de plaisant et parfois de subjuguant/intrigant/captivant dans ce roman (surtout au début) et son auteur Eva Almassy a à l'évidence un fort potentiel pour raconter des histoires. L'accomplissement de l'amour est une curiosité et je suis contente de mettre confronter à ce livre intelligent, coriace (malgré sa maigre épaisseur) et à cette écriture singulière qui s'amuse avec le lecteur. C'est d'ailleurs parce qu'elle a su transmettre son amour des mots et de la langue française ( langue qu'elle a adoptée il y a de cela de nombreuses années) que je n'ai finalement pas décroché de ce texte difficile voire hermétique. Et bien que je conçois que ce roman puisse avoir du mal à trouver un large public, il trouvera à coup sûr son public ! Personnellement même si je reste sur ma faim, ce roman m'a quand même donné des motifs de satisfaction et je me confronterai de nouveau à l'écriture de cette romancière.



L'auteur :
Née en 1955 à Budapest, Eva Almassy est arrivée en France en 1978 où elle a étudié la psychologie et la philosophie. Elle a fait du français sa langue principale : " La France m'a offert l'asile politique, je lui ai pris sa langue. Telle est mon histoire. "
Eva Almassy est l'auteur de pièces radiophoniques (Erzébet Bàthory) de livres pour enfants (Le cadeau qui ne se donne pas aux éds Ecole des Loisirs  et de roman.
Parallèlement à son métier d'écrivain, elle co-anime depuis 2019 l'émission de France-Culture "Des Papous dans la tête ".

lundi 7 octobre 2013

Compagnie K

pour le bruit des livres
William March, Compagnie K, éds Gallmeister

Mon coup de coeur :
Compagnie K de William March nous propose une incroyable immersion au sein d'une compagnie de soldats américains empêtrés dans les tranchées françaises en 1917. On assiste avec elle aux bombardements, aux choix stratégiques, aux nuits glaciales sous la pleine lune, aux moments de répit dans un bar/une ferme/un champ... Chacune des histoires peint un moment capital de la vie de son narrateur. Chaque chapitre est un instanté qui nous fait entendre à tour de rôle la voix de tous les soldats de cette compagnie (113 au total), alors qu'ils sont confrontés à la mort, à la folie, à l'indifférence voire à l'incompétence de leur hiérarchie ou dans le meilleur des cas à un bref mais intense moment de réconfort comme peuvent l'être une soirée en compagnie d'une femme, l'opportunité de boire un verre ou celle de revenir chez soi vivant bien qu'amputé. Quelques pages pour dire quelques minutes, heures, jours de cette guerre inhumaine, grotesque et hasardeuse.
Chacun des récits a non seulement un sens et une force qui lui est propre mais encore tous participent à la puissance du recueil dans son ensemble. Et il faut bien toutes ces voix singulières pour cerner l'horreur des combats ! Des voix qui tantôt se complètent tantôt se contredisent mais qui toutes permettent de dresser un tableau le plus fidèle possible de la réalité. Qu'ils soient soldats, sergents ou lieutenants; qu'ils se nomment Hunzinger, Matlock, Jewett ou Carroll..., chacun contribue à rendre tangible le vécu de cette compagnie. Les passages les plus sombres côtoient alors d'autres plus grotesques, invraisemblables ou cocasses.
Inspiré de l'expérience militaire de son auteur, ce récit nous fait ressentir les manques, les rêves et la soif de vie de tous les personnages. Nous sommes incroyables proches d'eux. La forme polyphonique du récit et la brutalité du propos m'ont réellement saisie. La sécheresse des points de vue et la multiplicité des perspectives narratives permettent non seulement d'entendre sans intermédiaire la voix des différents acteurs de cette guerre quelque soit leur grade, leur parcours ou leurs opinions politiques mais encore de se confronter à un large éventail de sentiments humains, de situations et d'atmosphères. C'est un véritable concentré d'humanité qui nous est offert. Parmi les soldats il y a en des sympathiques, des désespérés, des fous, des incapables, des doux rêveurs, des pragmatiques, des crapules, des idéalistes... Etre confrontée à leurs pensées les plus intimes et à leurs actes les plus braves ou au contraires les plus dégradants les rendent pour tant tous touchants et terriblement humains. 
De de cette lecture, il en ressort qu'au-delà de la volonté d'affronter l'ennemi allemand et d'en finir avec cette guerre, ces compagnons d'infortune disent l'injustice et l'absurdité qui régissent leur quotidien.

Compagnie K n'est pas un énième récit sur la guerre, c'est un témoignage précieux sur les horreurs de la Grande Guerre, un roman qui refuse de rendre celle-ci séduisante, politique et poétique et c'est aussi l'un des seuls témoignages américains sur ce thème. C'est un livre abrupte sans sensationnalisme ni romantisme qui nous confronte immédiatement à la vie de ces hommes pris au piège de l'Histoire. C'est sublime, saisissant et cruel mais aussi parfois drôle et absurde. Je suis heureuse que les éds Gallmeister (coll° Americana) est promu ce roman -véritable requiem pour des hommes perdus pour tous et abandonnés par tous- lors de cette rentrée. Bien qu'apocalyptique, ce récit ne se lâche pas facilement tant il nous parle de notre condition humaine. A ne pas manquer car il va rapidement devenir un classique de la littérature comme A l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque (éds LGF).




L'auteur :
William Edward Campbell -qui se fera par la suite appelé WILLIAM MARCH (1893-1954)- est né en Alabama. En 1917, il s'engage dans l'US Marine Corps et combat en France pendant la Première Guerre mondiale. Il en revient revient décoré de la Croix de Guerre, de la Distinguished Service Cross et de la Navy Cross mais il garde un profond dégoût de cette expérience. Hanté par les combats, il fera de nombreuses dépressions et mettra dix ans à écrire Compagnie K, son premier roman publié en 1933. Il se consacre ensuite à l'écriture et publie plusieurs recueils de nouvelles et romans. Finaliste du National Book Award, il était considéré comme “le génie méconnu de notre temps” (dixit le critique et auteur Alistair Cooke).

C'est lundi, que lisez-vous ? (18)


C'est lundi, que lisez-vous ?

Ce rendez-vous hebdomadaire a été inspiré par les It's Monday, what are yoou reading ? by One Person's Journey Through a Wolrld of Books et repris par Mallou puis Galleane. J'espère grâce à votre contribution pouvoir faire de cette page un rendez-vous convivial !





Comme chaque lundi je répondrai aux trois questions suivantes :
  1. Qu'ai-je lu la semaine précédente ?
  2. Que suis-je en train de lire ?
  3. Que vais-je lire ensuite ?


Bonjour !
Peu de lectures la semaine passée. Je continue tranquillement celle de l'incroyable roman de Ken Kesey  J'ai quelquefois comme une grande idée (éds Monsieur Toussaint Louverture) qui va inaugurer mes lectures concernant mon propre challenge "La famille dans tous ses états". A côté de cela, je viens de commencer la lecture d'un roman jeunesse Chasseurs de nuages d'Alex Shearer aux éds Les Grandes Personnes.
Ces lectures, je compte les continuer cette semaine.
J'ai quelques envies pour la semaine suivante dont Transatlantic de Mc Cann (éds Belfond) même si je sais très bien que d'ici là d'autres livres susciteront ma curiosité.
Hormis cela je prépare un coup de coeur sur le formidable Compagnie K de William March (éds Gallmeister), les dernières chroniques concernant mes lectures rentrée littéraires (L'invention de nos vies, L'accomplissement de l'amour ou encore La cravate) mais également la rédaction d'un bilan sur cette même rentrée.
De votre côtés quelles ont été vos lectures et/ou vos projets ?

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dimanche 6 octobre 2013

Les derniers jours de Smokey Nelson

pour le bruit des livres
Catherine Mavrikakis,  Les derniers jours de Smokey Nelson, éds Sabine Wespieser

Mon coup de coeur :
Pénitencier de Charlestown près d'Atlanta, Smokey Nelson attend depuis 19 ans dans le couloir de la mort l'application de sa sentence pour avoir perpétré le meurtre d'un couple de blancs et de leurs deux enfants dans un motel des environs. Ce sordide fait divers a scellé son destin ainsi que celui de trois autres personnes : celui de Sydney Blanchard un afro-américain qui fut un temps accusé des meurtres avant que le témoignage de Pearl Watanabe ne l'innocente; celui de cette américaine d'origine hawaïenne qui était au moment des faits employée au motel et qui a fait la sinistre découverte des corps; enfin celui de Ray Ryan inconsolable depuis la mort de Sam sa fille chérie qu'il a élévée dans la foi pensant que cela les protégerait tous.
Dans ce roman choral, chaque personnage prend tour à tour la parole pour dire son effroi et le marasme causé par cet effroyable quadruple meurtre ainsi que les sentiments qui les submergent au moment où -pour des raisons différentes- ils doivent tous retourner dans la ville maudite.
Sidney est le premier à faire entendre sa voix, une voix grave, un soliloque grâce auquel il fait le bilan de sa vie. Noir et pauvre, il a pourtant toujours cru en sa bonne étoile. Né le même jour que Jimmy Hendricks il ne pouvait s'imaginer autre chose. Agé maintenant de 40 ans, il s'apprête à rejoindre -dans sa lincoln blanche et accompagnée de sa chienne Betsy- ses parents restés à Atlanta malgré Katrina.
C'est alors la douce voix de Pearl qui intervient délicatement pour annoncer son imminent départ de Hawaï où elle y a reconstruit sa vie obtenant même un poste à responsabilités dans un grand motel. Elle va séjourner quelque temps à Atlanta afin d'y retrouver sa fille Tamara. Cette dernière y a fait sa vie de femme mariée et de mère de famille et se fait une joie de revoir sa mère bien qu'elle prenne pas pleinement la mesure de l'angoisse qu'y étreint sa mère. "Et voilà dix-neuf ans que Tamara se comportait comme si rien n'avait eu lieu, comme si sa mère lui appartenait encore, comme si sa mère na faisait pas partie des assassinés du 20 octobre 1989 ! Pearl n'était jamais revenue de ce matin magnifique de l'automne 1989. Elle n'était jamais sortie de la chambre 55 du motel Fairbanks dans lequel elle avait découvert les corps morts, mutilés."
C'est enfin la colère de Ray Ryan qui s'exprime bruyamment alors qu'il attend avec impatience et d'une certaine manière avec joie et soulagement l'exécution de Smokey Nelson : " Demain, à cette heure-ci, tu le sais, l'impie sera mort." Homme très pieu, il voit dans cet acte le châtiment divin pour avoir retiré la vie à quatre êtres innocent et pour avoir bousiller d' autres dont la sienne et celle de sa famille.

A travers le portrait et le parcours de ces quatre personnages, Catherine Mavrikakis dépeint une Amérique sans repère ni valeur et des êtres désenchantés et profondément solitaires. Elle nous offre une formidable fresque doublée d'une réflexion sur nos sociétés ultra-violentes mais aussi sur la vengeance, le racisme et sur la peine de mort. Chacune des voix qu'elle donne à entendre est puissante et singulière et aucune n'empiète sur les autres.

Voici un roman que je n'ai pas voulu lâcher et que je ne suis pas prête d'oublier. Ce fut un de mes grands coups de coeur de la rentrée précédente.


L'auteur :
Catherine Mavrikakis est un auteur québécois d'origine française et grecque. Parallèlement à son métier d'écrivain, elle enseigne les littératures francophones à l'Université de Montréal. Depuis ses débuts en 2000, elle a publié une pièce de théâtre et cinq romans dont Le ciel de Bay City (éds Sabine Wespieser 2009).