mardi 19 mars 2013

La Porte

Magda Szabo, La Porte, éds Viviane Hamy

Coup de coeur :
Ce sublime roman peint sous nos yeux le face à face entre deux femmes qui n'auraient pas dû se côtoyer. L'une est croyante, cultivée et riche, l'autre athée, analphabète et anticonformiste. Pourtant c'est Emerence -la femme-à-tout-faire- qui offre une leçon de vie à la narratrice (double de Magda Szabo). Et malgré son fort tempérament et son intransigeance, cette dernière va aisément s'attacher à elle. Durant les 20 ans pendant lesquels elles vont travailler ensemble une forme d'amitié va les lier l'une à l'autre. "Il est vrai qu'Emerence n'aimait pas n'importe comment, elle aimait d'une manière qu'elle aurait pu découvrir dans la Bible si toutefois elle en avait une, ou si à l'époque où elle allait à l'école on lui avait mieux faire connaître les apôtre. Si Emerence ignorait les épîtres de Saint Paul, elle les vivait (...)". Non seulement à son contact Magda Szabo perd ses moyens et se laisse influencer mais en plus cette femme qui semble si acariâtre finit par à indispensable pour elle comme pour tous.
D'ailleurs si elle connaît la manière de vivre et les secrets de sa patronne, Emerence garde le silence le plus total sur sa vie privée. Allant même jusqu'à interdir à quiconque de franchir le seuil de sa porte. Cette dernière constitue alors pour Magda Szabo une source de cauchemars: "Mes rêves sont des visions absolument identiques qui reviennent inlassablement, je fais toujours le même rêve. Je suis sous le porche de notre immeuble, au pied de l'escalier, derrière la porte cochère au verre armé inexpugnable, renforcée d'une armure de fer, et j'essaie d'ouvrir la serrure. Il y a une ambulance dans la rue, les silhouettes des infirmiers, floues à travers la vitre, sont d'une taille surnaturelle, leur visages enflés sont entourés d'un halo, comme la lune (...) Je m'escrime en vain."
L'ouverture brutale de cette porte va d'ailleurs précipiter l'intrigue et faire évoluer la relation entre les deux femmes. Et pourtant quand Emerence alitée aura le plus besoin d'aide, la narratrice ne se montera pas à la hauteur de leur amitié.

Tout comme la narratrice nous apprenons au fil des pages à connaître Emerence. Ce n'est que progressivement que nous découvrons les raisons de son comportement, dans l'évocation parcimonieuse de son passé fait de malheurs et de misère. Dissiper le mystère qui entoure se singulier personnage permet à Magda Szabo de lui composer cette sublime hagiographie. Car sous ses airs de femme brusque et revêche se cache une personne sensible et altruiste. La Porte fait partie de ses rares romans qui envoûtent durablement ses lecteurs.


L'auteur :
Rapidement reconnue dans son pays, Magda Szabo (1917-2007) est l'un des rares écrivains considérés de son vivant comme étant un auteur classique. Issue de la grande bourgeoisie hongroise, elle se consacre très tôt à l'écriture et obtient rapidement quelques succès.  Elle disparaît de la scène littéraire pour des raisons politiques. Mais après 10 ans de silence elle retourne à la littérature à la fin des années 1950. Elle reçoit alors de nombreux prix dont le prix Attila Jozsef (1959) et le prix Lajos Kossuth (1978). C'est pourtant avec son roman en partie autobiographique La Porte que Magda Szabo connaît un succès international. Elle reçoit pour ce titre le prix Betz Corporation aux Etats-Unis (1992) et le prix Femina étranger (2003). L'écriture classique et le rythme envoûtant de ce double portrait a assis la notoriété de cette femme de lettres.

Et plus si affinités :
Une adaptation cinématographie avec Helen Mirren dans le rôle d'Emerence est actuellement en préparation.

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